Le mois dernier, je n’arrivais plus à me lever.
Pas parce que j’étais malade. Pas parce que j’avais mal dormi. Mais parce que mon corps avait décidé tout seul que c’était fini. Plus d’énergie, plus d’idées, plus rien. Mes listes de choses à faire me regardaient comme des puits sans fond. Je ne savais plus par où commencer. Je ne savais même plus si j’avais envie de commencer.
J’ai mis 3 jours à récupérer. 3 jours à ne rien faire, à décrocher complètement, avant de retrouver un semblant d’élan.
Et ce qui est étrange, ou peut-être pas si étrange, c’est que je savais exactement ce qui m’avait amenée là. Mon mental analytique, hyper-productif, capable de tenir un rythme intense pendant des jours sans broncher. Cette capacité à être à fond, à tout donner sur un projet, sans voir les signaux qui s’accumulent. Je connais la théorie sur le système nerveux, sur les signaux du corps, sur l’importance d’écouter sa fatigue. Et pourtant.
Parce que connaître la théorie ne suffit pas.
Ce que le corps dit quand le mental ne veut pas entendre
Il y a une fatigue que tu choisis, celle d’une belle journée bien remplie, celle qui disparaît après une nuit de sommeil. Et il y a l’autre. Celle qui s’accumule en silence depuis des semaines, que tu ranges dans un coin chaque matin parce que « c’est pas le moment ». Celle à qui tu promets de t’en occuper « quand ça sera plus calme », comme si le calme allait arriver tout seul.
Le corps, lui, n’attend pas que ce soit le bon moment. Il continue d’envoyer des signaux. Tensions dans les épaules. Nœud dans la gorge. Ce café de 14h qui est devenu une nécessité. Cette irritabilité qui monte dès que rien ne se passe comme prévu.
Et quand on n’entend pas les signaux petits, le corps envoie les grands.
Neurologiquement, la fatigue chronique est l’un des premiers signes que le système nerveux autonome est sorti de sa fenêtre de tolérance, concept développé par le psychiatre Daniel Siegel. Un système nerveux en état d’alerte permanent prend des décisions différentes, perçoit les choses différemment, s’épuise sur des plans bien plus profonds que le physique. Ignorer sa fatigue n’est pas de la résilience. C’est demander à une alarme de se taire sans chercher à savoir pourquoi elle sonne.
Trois façons d’écouter sa fatigue et d’y répondre
Je les connais toutes les 3. Je les ai toutes pratiquées.
L’ignorer. Surfonctionner, remplir le calendrier, cocher les cases. La fatigue devient une musique de fond qu’on a appris à ne plus entendre. Jusqu’au moment où le corps décide de ne plus chuchoter.
La gérer. Ajouter un rituel, optimiser le planning, « récupérer » le week-end. C’est mieux. Mais c’est encore une relation de contrôle avec son corps. On ajuste le volume du signal sans jamais se demander ce qu’il dit.
L’écouter. S’arrêter, même une minute. Se demander : d’où vient cette fatigue ? Est-ce que mon corps me demande du repos physique, ou autre chose ? Cette troisième voie est la plus rare, parce que personne ne nous l’a vraiment appris. Et parce qu’elle suppose de ralentir quand tout nous pousse à accélérer.
Je travaille encore à trouver l’équilibre entre les deux premières et la troisième. Honnêtement, je suis encore souvent à fond ou à plat, sans grand milieu. C’est dur à vivre, même quand on sait.
Pourquoi on ne s’autorise pas à écouter sa fatigue
Écouter sa fatigue, c’est risquer de découvrir quelque chose qu’on n’était pas prête à voir. Que ce projet t’épuise parce qu’il ne t’appartient plus vraiment. Que ce rythme n’est pas tenable parce qu’il a été construit sur une croyance que tu dois faire plus pour mériter. Que cette fatigue, c’est en réalité de la tristesse ou de la déconnexion déguisées.
Écouter, c’est une forme de courage. Pas spectaculaire. Pas visible de l’extérieur. Mais réel.
Bessel van der Kolk, psychiatre et chercheur spécialisé en trauma, écrit : « Le corps garde le score. » Tout ce qu’on traverse, traverse le corps aussi. La fatigue chronique, la tension permanente, le besoin de contrôler, l’impossibilité de lâcher prise, c’est souvent là, logé dans des endroits précis, attendant qu’on s’arrête assez longtemps pour l’entendre.
Quelques questions d’observation
Pas un diagnostic. Juste une invitation à regarder.
- Est-ce que tu te lèves le matin avec une sensation de lourdeur, même après avoir dormi suffisamment ?
- Est-ce que tu as du mal à décrocher le soir, comme si le travail continuait de tourner en boucle ?
- Est-ce que ton corps t’envoie des signaux récurrents que tu as fini par banaliser ?
- Est-ce que la dernière fois que tu t’es vraiment reposée, sans culpabilité, sans to-do list dans un coin de la tête, tu t’en souviens ?
Ces questions ne sont pas là pour te faire sentir mal. Elles sont là pour allumer une lampe dans une pièce que tu n’as peut-être pas visitée depuis longtemps.
Par où commencer
Concrètement, écouter sa fatigue ne veut pas dire tout arrêter. Ça commence souvent par quelque chose de petit. Une pause consciente. Un moment d’observation. Une question posée à soi-même avec bienveillance.
Ce que je propose dans le journal de bord de l’ETRE, c’est exactement ça. Une pratique d’observation quotidienne qui ne prend pas des heures, mais qui crée progressivement un espace de dialogue avec soi. Pas pour tout résoudre d’un coup. Juste pour commencer à entendre.
Parce que ton corps n’est pas ton ennemi. Il fait exactement son travail : te transmettre des informations sur ce qui se passe réellement, sous la surface.
Les femmes qui commencent à écouter leur fatigue ne deviennent pas moins productives. Elles deviennent plus justes dans ce qu’elles choisissent de faire. Elles distinguent la fatigue du « trop » de la fatigue du « pas assez aligné ». Et ça, c’est une forme d’intelligence que le corps peut t’offrir, si tu acceptes de l’entendre.
📓 Le journal de bord de l’ETRE
4 semaines de questions d’observation quotidienne.
Gratuit, imprimable, sans pression.